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  Une séance de questions à l'Assemblée Nationale pas banale... Lola se retrouve dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale. Les travées sont pleines. La séance des questions d'actualité a débuté depuis vingt bonnes minutes. L'ambiance est électrique. Un membre de l'opposition pose sa question à l'attention du ministre de l'environnement. Il s'agit de Marcel Bigot, député de l'Isère depuis trois mandatures. L'homme, rougeaud et corpulent, est connu pour ses coups de gueule qu'il assène d'une voix de ténor. Il est par ailleurs propriétaire d'une usine de production d'engrais chimiques. Le député se lève, s'avance vers le micro proche de sa travée et pose sa question : " Ma question s'adresse à la petite Lola ! Penses-tu qu'il soit sage et raisonnable de vouloir jouer avec les grands ? Ne préfères-tu pas aller jouer avec ta copine Vanessa et me laisser faire des affaires juteuses en polluant librement cette planète dont les ressources m'appartiennent ? Un dernier point pour ceux qui seraient intéressés : j'offre un sac d'engrais pour trois achetés si vous passez commande avant la fin de cette session de questions d'actualité ! ".
Le président de l'Assemblée Nationale passe la parole à Lola qui descend du banc des ministres et se place au pied de l'hémicycle. La jeune femme est en pyjama avec des gros nounours imprimés dessus. Elle vient juste de se rendre compte qu'elle a oublié de s'habiller. La jeune femme rougit, prie pour disparaître miraculeusement mais les rires fusent de part et d'autre, y compris depuis les bancs de ses collègues ministres. Seul le Premier Ministre Alain Grossouvre ne rit pas et prend un air consterné en secouant sa tête de gauche à droite.
Lola est à deux doigts d'éclater en sanglots quand elle ressent la voix douce de son grand-oncle Mathurin lui intimer intérieurement : " Ne te laisse pas impressionner Lola ! Ils sont dans les ténèbres de l'égoïsme et de la peur. Toi qui es dans la lumière de l'amour et de la vérité, guide-les et ramène ce troupeau vers le droit chemin ! ". La jeune femme se redresse, arbore un sourire paisible et empathique et attend que le brouhaha s'estompe. Le silence se fait. Tous les regards sont désormais rivés et suspendus à la bouche pulpeuse de l'oratrice. Elle entame sa réponse dans un calme proche de celui qui règne dans l'œil cyclonique :
"Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le député Bigot, j'ai trois minutes pour tenter d'éclairer cette assemblée sur l'état réel de notre mère à tous : la planète ! Nous commettons un matricide en toute conscience. Notre mère est malade et nous en sommes responsables. Notre mère a de la fièvre et nous élevons sa température au nom de notre confort de consommateur égoïste. Notre mère a soif et nous gaspillons son eau. Notre mère s'appauvrit et nous n'avons de cesse de piller ses ressources. Notre mère tousse et nous lui ôtons un poumon en détruisant systématiquement ses forêts. Notre mère tremble et nous la secouons avec nos essais nucléaires secrets. Notre mère veut se reposer et nous lui demandons toujours plus. Notre mère est fragile et nous jouons à l'apprenti sorcier en créant ou provoquant des choses contre-nature. Suis-je la seule à entendre sonner le tocsin ? Vos oreilles sont-elles fermées ? Personne ne sera là pour entendre sonner le glas. Il sera trop tard. Nous aurons rejoint notre mère sur le bûcher des vanités, et nos cendres voleront comme autant d'âmes perdues et égarées pour nous être pris pour des Dieux alors que nous ne sommes que ses enfants inconscients. Et pourtant, Monsieur le député Bigot, j'ai quand même fait un rêve. J'ai fait le rêve, qu'un jour l'homme respectera la terre qui l'a fait naître et grandir. J'ai fait le rêve, qu'un jour l'homme vivra en harmonie avec son environnement. J'ai fait le rêve, qu'un jour l'homme abandonnera ses rêves de domination et de puissance pour suivre la voie de la sagesse et de l'altruisme. J'ai fait le rêve, qu'un jour l'homme ne définira plus sa valeur par son avoir et son paraître mais par son être. J'ai fait le rêve, qu'un jour l'homme ne régnerait plus par la peur mais par l'amour. C'est mon espoir. Cela doit être notre espoir à tous. Avec cette foi, nous pourrons construire un monde meilleur où la fraternité s'épanouira sur une planète reconnaissante. Quand ce jour arrivera, nous saurons qui nous sommes et nous mériterons à nouveau de nous appeler des hommes ! " Les trois minutes se sont écoulées. Lola vient d'achever son discours qui s'est déroulé face à un auditoire médusé et dans une salle pétrifiée de silence. Un homme se met à applaudir sur un rythme lent. Lola se tourne vers lui. Il est assis à la place du président de l'Assemblée Nationale. Lola reconnaît son grand-oncle Mathurin sur le perchoir. Il lui sourit. D'autres applaudissements parviennent des travées. Lola reconnaît son père, puis son grand-père, puis sa grand-mère…. Toutes les places de l'hémicycle sont maintenant occupées par des êtres disparus, chers à la jeune femme. Des membres de sa famille sur plusieurs générations passées voisinent avec les personnalités que Lola admire. La jeune femme aperçoit dans cette foule rayonnante Martin Luther King qui lui adresse un grand sourire et lève le pouce en l'air en signe de satisfaction. Une formidable énergie d'amour envahit l'assemblée. Tous les êtres sont en communion totale et partagent un bonheur indicible. Lola pleure de joie. |
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